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Signature de Jean Cocteau peinte sur une plaque de verre bleue

Metz · Église Saint-Maximin

Jean Cocteau
et la lumière invisible

Un dernier chef-d’œuvre où le verre, le mythe et la poésie transforment la lumière en langage.

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Signature de Jean Cocteau sur une plaque de verre bleue

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Une œuvre testamentaire

« Je décalque
l’invisible »

En 1962 et 1963, Jean Cocteau entreprend, avec l’aide de Jean Dedieu — architecte du patrimoine et collaborateur de Robert Renard, architecte en chef des Monuments historiques —, la réalisation des premières maquettes destinées aux vitraux du chœur de l’église Saint-Maximin.

Ces maquettes précèdent le travail des maîtres verriers, qui transposent ensuite les figures imaginées par le poète en pièces de verre coloré serties de plomb.

Le premier vitrail ainsi réalisé est celui du Soleil et de la Lune, où les deux astres sont respectivement associés aux figures de l’Homme et de la Femme (baie 2).

Mais Jean Cocteau meurt le 11 octobre 1963, sans avoir vu achevé l’ensemble des vitraux de l’abside.

À l’initiative de Jean Dedieu, les maîtres verriers Émile et Michel Brière poursuivent alors l’œuvre à partir des dessins que le poète avait laissés à son compagnon, Édouard Dermit.

Une grande partie des baies actuelles est donc réalisée après la disparition de Cocteau, jusque dans les années 1970.

Désormais, dans la pénombre de cette ancienne église, leurs bleus enveloppent le visiteur et prolongent, à travers la lumière, la présence du poète.

1962–63 premières maquettes11 oct. 1963 mort de Cocteau

Dans l’atelier

De la maquette
à la lumière

Jean Cocteau et Jean Dedieu élaborent ensemble les formes qui seront ensuite transposées dans le verre et le plomb.

Jean Cocteau peignant la première maquette du vitrail de l’Homme et de la Femme
Jean Cocteau peignant la première maquette du vitrail de l’Homme et de la Femme · Photographie de Pierre Dedieu, collection Jean Dedieu
Jean Cocteau retouchant au sol une maquette avec Jean Dedieu
Jean Cocteau retouchant au sol une maquette avec Jean Dedieu
Jean Cocteau et Jean Dedieu réunis pendant la conception des vitraux
Jean Cocteau et Jean Dedieu · Photographie de Pierre Dedieu, collection Jean Dedieu
Jean Dedieu et Christian Schmitt transportant la maquette de Jean Cocteau pour la baie 2, Le Soleil et la Lune, en 2023
Jean Dedieu, à gauche, et Christian Schmitt, à droite, transportant en 2023 une maquette de Jean Cocteau pour la baie 2, « Le Soleil et la Lune »

Le documentaire

Je décalque
l’invisible

Un voyage filmé au cœur de Saint-Maximin pour comprendre le sens et le message que Jean Cocteau a confiés à la lumière de ses vitraux.

Voir également sur YouTube ↗
Les vitraux de Cocteau composent un véritable hymne à l’immortalité,
car, selon le poète, « la mort est une naissance à l’envers ».

Le fil secret des vitraux de Saint-Maximin

Dans l’église

Un parcours en six regards

Entrez dans les verrières comme dans une constellation : chaque baie est une étape, chaque lumière ouvre un passage.

Vue panoramique des vitraux du chœur de l’église Saint-Maximin de Metz
01 · Le chœurVue d’ensemble des verrières réalisées d’après les cartons de Jean Cocteau
Plan de l’abside situant les quatre verrières du chœur, numérotées de 1 à 4 autour de la baie centrale 0
Plan des quatre verrières du chœur autour de la baie centrale 0

Une cosmogonie à rebours

La lecture à l’envers
des vitraux de l’abside

Pour accéder à l’immortalité révélée par le vitrail absidial central — la baie 0 de « l’homme aux bras levés » —, tout semble se jouer à partir de cette fenêtre centrale.

Cocteau paraît vouloir arrêter le temps et entreprendre un cheminement à rebours. Il s’agirait, selon Mircea Eliade, de retrouver « la restauration du temps primordial, du Temps “pur”, celui qui existait au moment de la Création ».

Mircea Eliade, Le Sacré et le Profane, Gallimard, coll. « Folio essais », 2003, p. 71.

À travers les quatre autres baies de l’abside, l’artiste développe ainsi un récit inversé qui remonte progressivement vers les temps originels.

Schéma de lecture

Remonter le temps
vers l’origine

Le parcours part de la baie centrale 0, puis suit les verrières de l’abside à rebours de la chronologie : de la civilisation humaine jusqu’aux premiers principes de la Création.

1 Point de départ2–5 Lecture inversée Baies latérales
Schéma de lecture inversée des vitraux de l’absidePlan semi-circulaire du chœur situant les baies 0 à 6 et indiquant le parcours interprétatif de la baie centrale vers les baies 4, 2, 3 et 1.012345612345NORDSUDPLAN SIMPLIFIÉ DU CHŒUR ET DES SEPT VERRIÈRES DE L’ABSIDE
0Immortalité4Égypte2Astres3Cosmogonie1Origine
Schéma interprétatif d’après Christian Schmitt

L’abside comporte en réalité sept verrières. Aux baies 0 à 4 s’ajoutent, aux deux extrémités, la baie 5 à gauche et la baie 6 à droite. Ces deux verrières extrêmes paraissent d’abord remplir une fonction décorative, avec leurs fils et leurs liens entrelacés. Elles peuvent toutefois recevoir une signification plus profonde. Cocteau aurait peut-être voulu inscrire ces motifs dans le thème général de l’immortalité, en faisant écho au « liage cosmique » décrit par Mircea Eliade : une texture invisible relierait, à l’échelle de l’Univers comme de la vie humaine, toutes les réalités entre elles. Autrement dit, tout est lié à tout.

01Baie 4 de l’abside évoquant la civilisation égyptienne

Baie 4

L’Égypte et l’immortalité

Cette baie évoque la civilisation égyptienne, qui célèbre plus que toute autre le principe de l’immortalité. Tout y rappelle l’Égypte, notamment une végétation abondante et généreuse : bouquets de palmettes et, plus haut, tiges de papyrus.

02Baie 2 de l’abside représentant la Lune et le Soleil

Baie 2

La Lune et le Soleil

La baie célèbre avec magnificence l’apparition et les premières évolutions de la Lune et du Soleil. Elle rappelle le récit de la Genèse (1, 15-19) : la Lune y est associée au principe féminin et le Soleil au principe masculin.

03Baie 3 de l’abside évoquant l’unité originelle du monde

Baie 3

L’unité originelle

À l’origine, le monde est un. Le poète illustre cette unité initiale en puisant dans les cosmogonies anciennes. Tout partirait d’un œuf primordial, déjà présent dans le compartiment inférieur avec une colombe. Au centre, son éclosion donne naissance aux deux principes que sont la Terre et le Ciel.

04Baie 1 de l’abside célébrant les débuts de la vie

Baie 1

Les commencements de la vie

Cette baie célèbre les débuts de la vie. L’œuf, décliné dans ses différentes représentations, contient déjà en germe tous les principes de la Création.

Vitrail absidial central figurant un homme aux bras levés
Le vitrail absidial central
Figure humaine aux bras levés peinte par Keith Haring en 1981
Keith Haring, 1981 · Encre vinyle sur bâche vinyle

Un symbole universel

L’homme aux bras levés :
un désir d’immortalité

Le vitrail central de l’abside — la baie 0 — montre un homme aux bras levés, déjà présent dans la première section inférieure de la composition. Ce motif n’est ni insignifiant ni banal : il se réfère à une thématique d’une grande portée.

Deux aspirations traversent l’humanité : la connaissance et l’immortalité. La seconde s’exprime souvent par cette figure aux bras levés. Selon Mircea Eliade, lorsque le chaman adopte cette position pendant les cérémonies, il s’exclame : J’ai atteint le ciel. Je suis immortel.

Ce motif universel traverse les âges, les latitudes, les mythes et les religions : gravure rupestre des Ve–VIe siècles av. J.-C. à Foppe di Nadro, dans la Valcamonica en Italie ; orant quimbaya en Colombie ; figure en prière du VIIIe siècle av. J.-C. au Luristan, en Perse ; chaman d’Angra en Sibérie ; ancêtre mythique chez les Dogons du Mali, en Nouvelle-Guinée et, dans l’Égypte ancienne, le Ka.

Certains peintres contemporains ont repris cette image. En 1981, Keith Haring réalise une œuvre de grandes dimensions — 2,438 × 2,438 m — à l’encre vinyle sur bâche vinyle, représentant elle aussi une effigie humaine levant les bras vers le ciel.

La pièce de théâtre

L’Homme aux
bras levés

Texte de Christian Schmitt
Interprétation de Théophile Choquet

Représentation donnée le samedi 17 septembre 2016 dans l’église Saint-Maximin de Metz. La pièce prolonge par la parole et la présence du comédien la figure universelle inscrite par Jean Cocteau dans le vitrail.

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Triple baie 7 du transept nord de l’église Saint-Maximin de Metz
02 · Le transept nordLa triple baie 7

Cocteau recourt à différentes métamorphoses pour décliner, dans chacune des autres baies de l’église, le même thème de l’immortalité.

La baie 7, située dans le transept nord, se compose de trois lancettes. La première, à gauche, évoque l’histoire de Hyacinthe, jeune homme d’une beauté exceptionnelle. Selon la mythologie grecque, Hyacinthe est mortellement blessé au cours d’un jeu de lancer du disque avec Apollon. Mais de son sang naît une fleur : loin d’être un terme définitif, sa mort devient métamorphose.

L’immortalité prend ici la forme de cette « phénixologie » dont parlait Salvador Dalí, ami de Cocteau : une renaissance qui surgit de la disparition.

La deuxième lancette, au centre, superpose deux figures fabuleuses. Dans la partie haute apparaissent les yeux de la Bête du film La Belle et la Bête. À la fin du récit, la mort apparente de la Bête précède sa métamorphose en Prince charmant : la disparition devient alors le passage vers une vie nouvelle.

Dans la partie basse se dessine la figure du Minotaure, être monstrueux, mi-homme et mi-taureau. En tuant le monstre, Thésée libère Athènes du tribut sanglant qui lui était imposé. Dans cette lecture, sa victoire peut symboliser le triomphe de la raison et de l’ordre de la cité sur les forces obscures.

La mort n’est donc jamais présentée comme une fin absolue : elle ouvre sur une transformation — renaissance d’un être, libération collective ou survivance du mythe — et devient ainsi une autre manière de penser l’immortalité.

Triple baie 8 du transept sud de l’église Saint-Maximin de Metz
03 · Le transept sudLa triple baie 8

Dans cette baie 8, orientée au sud, Cocteau nous fait pénétrer dans un univers singulier, proche de celui de La Jungle du peintre surréaliste Wifredo Lam. Marcel Jean décrit ainsi cet imaginaire : « La jungle enchevêtrée devient animale, ou bien c’est l’être humain qui se change en un arbre animé d’yeux multiples, d’où jaillissent, comme des bourgeons, d’autres têtes cornues… » (Histoire de la peinture surréaliste, Paris, Seuil, 1959, p. 303).

Nous baignons ici dans un monde surréaliste, peuplé de figures totémiques qui évoquent également les créations d’André Masson, de Joan Miró et d’autres artistes du mouvement.

Ces représentations mystérieuses rejoignent souvent le mythe, envisagé comme une voie d’accès aux réalités de l’après-mort et à l’idée d’une autre vie.

Cocteau recourt aussi au biomorphisme, qui mêle et métamorphose les différentes formes du vivant — végétales, animales et humaines. Il fait ainsi surgir des présences là où le regard ne les attend pas.

L’ensemble devient finalement une invitation au voyage vers un autre monde. Dans la partie basse de la troisième lancette, on peut ainsi deviner un cavalier sur sa monture, figure énigmatique qui rappelle l’univers métaphysique de Giorgio de Chirico.

Triple baie 10 de la face est de l’église Saint-Maximin de Metz
04 · La face estLa triple baie 10

Dans la fenêtre centrale de cette triple baie 10 apparaît un visage en forme de losange, émacié, surmonté d’une touffe de cheveux hirsutes.

Cette figure énigmatique ressemble étrangement au Cocteau des années 1920. Mais cette tête isolée, surgissant au milieu d’un bouquet de fleurs à six pétales, rappelle aussi celle d’Orphée.

Cocteau se sentait proche de ce poète magicien. Il fait de cette figure mythique l’une des incarnations de l’immortalité : même décapité, Orphée demeure vivant par sa voix. Selon le mythe, sa tête détachée de son corps continue de chanter, de prophétiser et de prononcer des oracles.

Le visage de la lancette centrale, mis en relation avec les motifs figurant dans les deux autres lancettes, relève également d’une symbolique du « centre ».

À la même hauteur que la tête apparaissent, dans la lancette de gauche, le cœur d’une fleur à trois pétales et, dans celle de droite, le centre d’une autre fleur à six pétales, inscrite au milieu d’un arbre vivant.

Cette composition évoque ainsi les trois régions cosmiques — le Ciel, la Terre et le monde inférieur — reliées en un centre par un même axe. Ce centre devient un lieu de passage et de communication entre les différents niveaux du monde.

Les trois ensembles de verrières de la chapelle des Gournay à Saint-Maximin de Metz
05 · La chapelle des GournayLes baies 12, 14 et 16

Devenu médiateur et passeur à la manière d’Orphée, Cocteau cherche à rendre possible l’irradiation de la lumière naturelle par une lumière venue de l’au-delà.

Les trois baies de la façade sud, situées dans la chapelle des Gournay, marquent ainsi les trois étapes d’un parcours initiatique.

Première baie — baie 12

Le labyrinthe, parcouru de fils innombrables, relie aussi bien les vivants que les morts.

Il évoque l’Hadès, cette zone intermédiaire entre la vie et la mort. Mais il traduit aussi, symboliquement, le malaise du poète, qui semble préférer habiter la mort plutôt que la vie, comme si ces fils le retenaient sans cesse dans des lieux morbides. Le labyrinthe donne ainsi forme au tumulte intérieur que l’artiste doit traverser et dépasser.

Deuxième baie — baie 14

Le poète dépasse cette épreuve à travers l’image de l’arbre de vie et la figure de la déesse Déméter, qui préside à l’alternance des saisons.

On retrouve ici le symbole du grain de blé qui doit mourir en terre avant de renaître. La mort n’est plus une fin : elle devient le passage nécessaire vers une croissance et une vie nouvelles.

Troisième baie — baie 16

Le poète expérimente enfin la « phénixologie ». Dans Le Testament d’Orphée, son dernier film, Minerve le frappe de sa lance. Un cheval psychopompe le conduit alors vers sa dernière demeure, avant qu’il ne renaisse aussitôt, les yeux irradiés de lumière.

La mort possède ainsi une vertu créatrice : chaque fois, elle ramène le poète à la vie.

Baie de l’autoportrait de Jean Cocteau dans la chapelle d’hiver de Saint-Maximin de Metz
06 · La baie de l’autoportraitBaie 9 · Chapelle d’hiver

La baie 9, organisée autour de deux centres, se trouve dans une chapelle voûtée appelée « chapelle d’hiver », à l’extrémité nord de l’église, entre l’abside — le chœur — et le transept nord. Elle présente la particularité de représenter principalement Jean Cocteau sous différents angles.

La lancette de gauche

Deux visages de profil surgissent successivement dans cette verrière. Tous deux sont inclinés dans la même direction, vers la gauche, et semblent fixer un être, un événement ou un objet situé hors du cadre.

Il s’agit peut-être des deux faces du poète : elles s’opposent tout en appartenant à une même personnalité. La première, plus sombre et imprévisible, serait lunaire, comme le suggère le croissant de lune. La seconde, plus éclatante, joyeuse, voire insouciante, serait solaire, ainsi que l’indique la présence de l’astre rayonnant.

La lancette de droite

Dans la partie inférieure du vitrail, Cocteau apparaît de face, au centre de la composition, la tête entourée de flammes. Le feu naît souvent d’une rencontre ou d’un contact avec le sacré.

Le poète se présente avec éclat, paré de ses plus beaux atours : le bicorne de l’académicien sur la tête et, autour du cou, une imposante fraise composée de triangles acérés.

Élu à l’Académie française en 1955, Jean Cocteau devient ainsi, au sens propre du terme, un « immortel ».

Le poète a peut-être souhaité associer à cet instant extatique certains de ses proches. Juste au-dessus de sa tête enflammée apparaissent en effet deux visages de profil, placés face à face. Pourrait-il s’agir de Jean Marais, à droite, et d’Édouard Dermit, à gauche ? Cette identification demeure toutefois une hypothèse.

Approfondir

Le regard de
Christian Schmitt

Essayiste et critique d’art messin, Christian Schmitt consacre depuis de nombreuses années ses recherches aux vitraux de Cocteau. Son approche fait apparaître les correspondances entre poésie, mythologie et quête d’immortalité.

À lire : Les vitraux de Jean Cocteau – Je décalque l’invisible, Éditions des Paraiges.

Pour aller plus loin

Bibliographie
et articles

Livres et articles de Christian Schmitt consacrés à Jean Cocteau, à son œuvre et aux vitraux de l’église Saint-Maximin de Metz.

07 · Échanger

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Quartier Outre-Seille

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